Billet de mauvaise humeur…

Il y a deux semaines, je découvre la création d’un prix photographique énervant. Je m’en émeus auprès de quelques relais médiatiques ciblés et reçois de Photographie.com un mail me demandant d’écrire un billet qui passera dans la rubrique “vu par…” car, m’écrit le responsable du site, il est bien conscient du problème soulevé”. Je me réjouis, m’exécute et depuis… pas de nouvelles. L’annonce du prix énervant s’amplifie et je vais donc m’auto-éditer poussée par quelques comparses :) Afin que les deux sites qui se disputent les photographes soient également habillés pour l’été, “la lettre de la photographie” décrit le concours en question accompagné d’une photo avec un ©DR (Droit réservé). Je m’émeus encore qu’un site sur la photographie ne crédite pas les auteurs et reçoit par mail les préoccupations du  journaliste : “on passe l’info avec un unique visuel non identifié ou on n’annonce rien.” On va aller loin avec de tels raisonnements ! Allez, vous l’aurez compris, je suis un brin énervée et je vous livre mon article. A vous de diffuser librement, entièrement et largement si vous le jugez nécessaire. Bonne journée à tous.

Juste un truc de filles

Il y a des jours où on a de fausses bonnes idées. En voici une qui a pour titre « Virginia ».
C’est la semaine dernière que j’ai découvert ce « prix international décerné à une femme photographe ». Ce prix est créé par Sylvia Schildge, photographe inspirée par les femmes de sa famille et qui dote de 10 000 euros (ce n’est pas rien) une œuvre photographique à la condition expresse qu’elle soit réalisée par une femme. C’est typiquement une fausse bonne idée et voici pourquoi : en créant un prix réservé aux femmes, on crée un prix de deuxième classe puisque, de fait, on exclut une partie importante de la production photographique. C’est simple et mathématique. C’est un « sous-prix ».

L’idée sous-jacente, et bien inconsciente j’en suis convaincue, est que les femmes n’ont pas de place dans les prix internationaux et donc qu’on va leur créer un prix pour elles,  histoire qu’elles aient  quelque chose à se mettre sous la dent…

L’intention est généreuse, mais l’effet désastreux. Ce prix n’aura jamais de vraie reconnaissance dans le monde de l’art et les lauréates seront à coup sûr discréditées. J’entends d’ici les ricanements : “ah oui, le prix là, tu sais, le truc de filles… », et les rires ne seront pas uniquement masculins.

Les femmes sont plutôt bien représentées en photographie et pourraient l’être plus, j’en conviens. Cependant, en créant un « prix réservé aux femmes » on maintient l’idée que par défaut, le métier d’artiste est masculin (il n’existe en effet aucun prix réservé aux hommes), qu’il y a une « sensibilité féminine », que le regard a un sexe, enfin, tous ces clichés, ces clivages qui nous sont rabâchés, imposés depuis l’enfance et qui ont vocation à garder chacun des sexes à « sa place ».

C’est comme ces prix artistiques qui existent aux USA où seuls peuvent participer les
« gens de couleurs » (coloured people). Quelle est la valeur de l’art produit et primé ici ? Ce n’est pas d’art dont il est question alors mais de ségrégation par la couleur de la peau, même si ça permet de gérer une vague culpabilité.

En art, la composante sexe ne peut être utilisée sans être discriminante. Je vous renvoie à la polémique sur l’exposition “elles” au centre Pompidou.

Il serait intéressant qu’une ou un photographe transexuel(le) s’inscrive. Serait-elle (il) accepté en tant que participante ? Et une personne intersexuée non opérée ?Je pousse un brin le bouchon pour gentiment vous provoquer, mais c’est un vrai sujet.

Alors maintenant, il faut trouver une issue… Le prix est lancé, annoncé… que faire ?

Eh bien, Sylvia Schildge, je vous propose la chose suivante : si j’ai réussi à vous convaincre que votre bonne idée est une fausse bonne idée, que les artistes de votre famille étaient des artistes à part entière et non des « femmes artistes », élargissez votre prix à tous, sans distinction de sexe, expliquez pourquoi vous le faites et dites le haut et fort. Vous aurez créé un prix photographique, un vrai, et pas juste un truc de filles. Vous en serez grandie et personne ne vous en voudra, bien au contraire.

Marie Docher

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