Les tombes de Skarvsteinen

J’ai rencontré Avraham Benaroch à Arles en février 2017 où nous exposions ensemble. Il a écrit un texte sur des images que j’avais réalisées en Norvège et qui font partie de l’ïle sans rivages. Le voici en attendant une nouvelle mouture de mon site à la rentrée. Très bel été.

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firetombs-004.jpgIl arrive que quelque chose du temps impressionne. Que ça impressionne signifie une importance sans repère, une existence muette, une existence qui incombe au témoin. Par exemple, Marie est en Norvège, près de la côte. Il y a quelques monticules de terre anodins mais il s’avère que ce sont de très anciennes tombes, certaines de l’âge du bronze et de l’âge du fer. Il y a de ces tombes dans toute l’Europe semble t il, mais l’anonymat des lieux, le fait qu’il n’y ait pas à proprement parler de marquage symbolique, touche à une difficulté humaine. En Norvège, à Skarvsteinen, les villageois entretiennent le lieu, ils stockent du bois présent autour, et le brûle le 21 juin. Il y a donc une cérémonie. Mais cela reste au bord du non-symbolique, de sorte que le temps est comme hanté par l’intensité d’une contre présence, une sous présence, la présence de l’immensité du temps elle-même.

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Pour Marie, il est devenu nécessaire d’inscrire dans l’art cette chose. A la fois une manière de témoigner, mais aussi une manière d’être à la mesure d’une étrangeté, d’y rester coextensive, de ne pas la profaner.

La série de photographies qu’elle a réalisée a ainsi des caractéristiques très précises. Les images sont données comme des abstractions.

 

firetombs-007.jpgElles ressemblent à des formes colorées qui pourraient faire penser au lointain espace. En réalité concrètement, elles ont été faites en déposant des bois sur du papier photographique et en les brûlant, à l’instar des villageois, selon un rite en quelque sorte similaire.

La douceur et la finesse des rapports de couleur, alliés à la force de la brûlure, construisent un espace hors de tout repère temporelcommun. À l’image de la violence de ce temps passé des tombes humaines presque sans sépulture. La poéticité des formes rend hommage à l’émotion devant ces anciens humains, comme privés de parole, enfouis sous ces tumulus presqu’invisibles.

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